Le républicain

Et si on essayait de parler un peu plus sérieusement de notre pétrole au Sénégal ? ( Par El Hadji Diallo)

 

Le Sénégal va bientôt rentrer dans une nouvelle ère de pays producteur de pétrole et de gaz avec le développement de ses découvertes récentes de pétrole et gaz au large de ses côtes. Il se trouve à un moment crucial de son histoire économique et sociale avec un tout nouveau jeune Président de République qui incarne une politique de gauche.
La promesse de révision des contrats pétroliers est revenue à plusieurs reprises dans le discours des candidats lors de la récente campagne présidentielle car selon ces derniers les accords ne sont pas trop favorables pour le Sénégal. D’où la nécessité de renégocier des termes plus favorables pour le peuple. Nous espérerons que cette promesse de révision des contrats pétroliers ne soit qu’un outil politique utilisé par les candidats pour gagner des voix. Car cette rhétorique populiste soulève des questions sérieuses quant à sa faisabilité, sa pertinence et ses implications potentielles.
Les contrats pétroliers sont souvent le résultat de négociations complexes entre les gouvernements et les compagnies pétrolières internationales, avec des implications à long terme pour l’économie et la stabilité du pays. Modifier ces accords pourrait entraîner des litiges coûteux et des perturbations dans l’industrie pétrolière sénégalaise, potentiellement décourageantes pour les investisseurs étrangers. Il y’a bien des cas prévus pour renégocier un contrat pétrolier. Mais, est-ce que le Sénégal se trouve dans ces cas ?
En effet cette promesse de renégociation, légitime pour les uns et salutaire pour les autres ne doit pas occulter les clauses de stabilité des contrats pétroliers signés et la nécessité d’une prise en compte des engagements internationaux de l’Etat du Sénégal en matière de traitement, de protection et de garantie des investissements étrangers (les TBI).
Conformément à sa promesse électorale, et selon ses proches, le nouveau Président élu Bassirou Diomaye Faye compte d’abord faire d’abord à un état des lieux après son intronisation à la tête de l’État. Rien que la promesse crée déjà de l’incertitude auprès des compagnies pétrolières qui opèrent au Sénégal mais aussi sur la destination du Sénégal, au moment où nous n’avons pas encore fini de déterminer les véritables raisons qui ont poussé le major britannique BP à renoncer à l’exploitation du projet gazier Yakar Téranga. Au même instant, nous venons de constater que l’indice en méthane de notre gaz offshore au Sénégal est inférieur à la norme requise (ISO16726) pour un fonctionnement optimisé des générateurs ou moteurs. Ce qui va engendrer des coûts supplémentaires de retraitement pour son exploitation ou sa commercialisation. Au même moment où encore des compagnies pétrolières sont en train de tergiverser sur l’opportunité de renouveler leur titre d’exploration dans un contexte de transition énergétique mondiale.
A mon avis l’’état des lieux actuel de la politique pétrolière du Sénégal depuis le nouveau code pétrolier de 2019 semble éloigner les compagnies pétrolières internationales, compromettant ainsi les perspectives de développement du secteur. En effet depuis deux ans, le Sénégal a lancé des appels d’offre pour 12 blocs libres mais peine à trouver un preneur malgré la participation du Sénégal aux différentes rencontres nationales et internationale (oil & gas glabal show) pour vendre la destination du Sénégal aux entreprises pétrolières et partenaires.
Ne perdons pas de vue qu’une des principales préoccupations des compagnies pétrolières internationales concerne l’incitation fiscale et la stabilité des conditions fiscales et réglementaires. Le changement soudain des règles du jeu crée une incertitude auprès des compagnies, qui recherchent généralement des environnements stables et prévisibles pour leurs activités.
Le Sénégal, autrefois considéré comme un terrain d’exploration prometteur pour les petites compagnies pétrolières internationales, voit son attractivité diminuer de manière exponentielle en raison de sa politique pétrolière récente. L’approche proactive adoptée par le Sénégal après les découvertes de classe mondiale de pétrole et gaz, en réduisant les incitations accordées aux compagnies, était salvatrice et rentrait dans le cadre normal d’une politique pétrolière d’un Etat souverain. Mais le seul bémol est que, cette réduction a été faite sous pression avec une pensée unique d’accroitre les intérêts de l’Etat du Sénégal sans tenir réellement compte de l’intérêt des compagnies pétrolières qui prennent des risques en investissant des millions de dollars.
La question de la révision des contrats pétroliers est trop importante pour être traitée de manière simpliste ou populiste. Le nouveau Président de la République devra faire preuve de leadership et de jugement éclairé pour naviguer dans ces eaux tumultueuses et garantir le meilleur intérêt du Sénégal et de son peuple conformément à son serment.
J’en appelle au calme à la sérénité, le Sénégal n’est ni le Qatar, ni l’Arabie Saoudite encore moins le Nigéria et il ne peut aller au-delà de l’attrait de son domaine pétrolier.
El Hadji Diallo de FORTESA, doctorant à l’UCAD et membre du cadre de concertation des compagnies pétrolières au Sénégal.
elton100@hotmail.com
Tél : 77 640 93 34

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