Le républicain

La marche comme contestation implicite du leadership politique au sein de Pastef ( Par Pape Sadio Thiam)

 

Si la marche des anciens détenus de Pastef, vise officiellement à réclamer justice et dénoncer l’insuffisance des réparations accordées par l’État, elle comporte aussi une dimension interne, qui interpelle Pastef et son leadership. En effet, le fait que d’anciens détenus – considérés comme des victimes directes de la répression subie par le parti – soient obligés de recourir à la rue traduit un sentiment de distance ou d’oubli vis-à-vis de la direction politique.

Trois risques principaux émergent :

1. Érosion de la légitimité interne : une partie de la base militante peut percevoir le leadership comme insuffisamment attentif aux souffrances des anciens détenus.
2. Fragmentation du mouvement : la multiplication des initiatives autonomes (marches, collectifs de victimes) pourrait ouvrir la voie à une contestation interne.
3. Reconfiguration du rapport militants-leadership : ce type de mobilisation transfère une partie du capital symbolique du parti vers des acteurs « périphériques » (anciens détenus, associations de victimes), ce qui peut affaiblir l’autorité centrale.

Cette marche n’est pas seulement dirigée contre l’État ; elle peut aussi être interprétée comme un début de mise à l’épreuve du leadership de Pastef, que le parti doit gérer avec prudence pour éviter que la solidarité qui a toujours été le point fort du parti au pouvoir ne se transforme en contestation interne.

Le fait que les anciens détenus de Pastef aient été contraints d’organiser une marche pour réclamer justice illustre la profondeur du malaise. Dans un État de droit, les dispositifs de réparation devraient répondre aux attentes minimales de reconnaissance, sans que les victimes aient à recourir à la mobilisation sociale pour se faire entendre.

Cette contestation publique témoigne :
1. d’une carence institutionnelle, l’indemnisation n’ayant pas répondu aux besoins réels ;
2• d’un sentiment d’abandon, qui pousse les victimes à transférer leur revendication de l’espace institutionnel vers l’espace public ;
3• d’une fragilisation du lien de confiance entre l’État et une partie de ses citoyens, avec le risque d’alimenter davantage la polarisation politique.

Ainsi, cette marche n’est pas seulement une revendication matérielle. Elle est aussi un acte de visibilisation politique, par lequel les anciens détenus cherchent à rappeler à la société que leur dignité et leur souffrance n’ont pas été suffisamment reconnues.

Quitter la version mobile