CRISE UNIVERSITAIRE : IL FAUT DIALOGUER OU PÉRIR ( Par Daouda Diédhiou)

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Notre pays est encore traversé ces derniers jours par une ombre maléfique qui lui a arraché une vie : l’étudiant Abdoulaye BA. Que son âme repose en paix.
A l’origine immédiate de cette situation regrettable, la fermeture des restaurants à l’Universitaire Cheikh Anta Diop de Dakar ; à l’origine lointaine, la question des bourses. Une question récurrente entachée chaque fois de scènes de violence qui n’honorent ni l’Etat et ses FDS censés comprendre et mesurer les conséquences de telles scènes dans l’économie et la vie sociale et politique du pays, ni les étudiants eux-mêmes censés comprendre, comme du reste nos dirigeants et les FDS, que la force des arguments doit primer sur les arguments de la force.
A-t-on souvent vu les FDS s’en prendre aux syndicalistes en grève, bien terrés chez eux ou marchant pacifiquement dans la rue ? – Non. Non, parce qu’ils n’ont jamais cru que la violence est une voie pour obtenir toute réponse attendue de l’Etat lorsqu’ils revendiquent leurs droits. Le simple fait que les classes ferment parce que les enseignants sont en grève ou que les structures de santé ne fonctionnent pas parce les médecins et autres agents de santé les ont désertées sont assez suffisants pour toucher là où il faut toucher afin d’espérer obtenir au moins un rendez-vous de négociation.
La violence telle qu’elle est pratiquée par nos FDS doit être revue et je crois bien que l’Etat y veillera puisque c’est dans son intérêt d’assainir durablement le mode d’intervention des unités de Police.
Mais je suis aussi en phase avec ceux qui pensent que la violence que pratiquent les étudiants, violence difficile à contenir, n’est guère une solution à quelque problème que ce soit. La violence pacifique, qui consiste à déserter purement et simplement les amphithéâtres et à rester chez soi, peut bien porter ses fruits. Aussi, il n’y a point de risque que cette forme de lutte fasse une seule victime chez eux.
J’ai grand espoir qu’ils seront conscients de l’utilité de se battre sans faire de la violence physique. Il faut privilégier le dialogue. Sinon le soliloque. S’ensuivra forcément une invitation au dialogue parce qu’on ne vous laissera pas longtemps crier sous tous les toits.
Par ailleurs, dans la tête de certains, tout régime a nécessairement besoin des étudiants pour garder le pouvoir. C’est vrai qu’ils constituent une force que nul ne doit sous-estimer. Mais il est aussi vrai que l’Université a besoin de l’Etat, qui est une institution impersonnelle (théoriquement parlant), pour exister en tant qu’institution composée d’individualités qui ont des droits envers l’Etat même si elles ne sont soumise à aucun devoir de militer dans le même camp politique que les gouvernants.
Ici et là et sous prétexte que ce sont les étudiants qui ont élu les nouveaux dirigeants sénégalais, des voix s’élèvent pour dresser davantage ces étudiants contre l’Etat. Je lance un appel au dialogue à ceux-ci pour travailler, avec tous les acteurs de l’Education et de la Formation, à en arriver aux vrais changements qu’ils veulent et que veut le peuple.
Les changements dont tous les Sénégalais rêvent en contribuant à la dernière alternance s’inscrivent dans un large programme de résilience qui touche tous les secteurs, y compris celui de l’Education et de la Formation. Le leg durable que l’on veut construire pour les futures générations doit nécessairement passer par des réformes qui, généralement, feront mal aujourd’hui mais apporteront le bonheur à ces futures générations. Or ces étudiants qui se battent aujourd’hui, ils appartiennent bel et bien aussi au futur et prient de toutes leurs forces pour un avenir radieux. L’Etat ne leur demande pas de s’asseoir sur le feu et s’ils veulent vraiment sourire et léguer un large sourire à leurs jeunes frères et sœurs, ils doivent accepter d’apprendre à se mettre au soleil. Les étudiants doivent éviter la chaise vide lorsqu’ils sont invités à des négociations : ils doivent y rester et accepter, comme leurs interlocuteurs, le principe d’y évoluer par des concessions jusqu’à aboutir à des consensus.
Aussi, ils doivent accepter de balayer devant leur porte, de se débarrasser des vers qui vivent dans le concombre. Parmi eux, il semble que beaucoup ne sont plus des étudiants : ils doivent les démasquer pour qu’un sérieux toilettage puisse assainir carrément le système. Il y va de leur propre intérêt. En dépendra le système que tout le monde réclame, un système léger et durable au profit de l’étudiant et par ricochet au profit du parent, du dirigeant, de tous les citoyens et des étrangers qui vivent parmi nous.
Pour terminer, je suis convaincu que nos plus hautes autorités ne nous mènent pas vers des lendemains incertains. Ce pays changera si nous serrons tous encore la ceinture. Le développement durable ne se réalise pas dans la facilité ; il se réalise avec des attitudes d’adaptation. La garantie de l’Education pour tous est un impératif social pour y arriver. Or cette garantie s’inscrit, elle, de mon point de vue, dans une politique globale de garantie d’une croissance économique profitable à tous. Nous avons tous intérêt, dirigeants, étudiants et autres citoyens, à privilégier la concertation, le dialogue, pour un Sénégal meilleur ; sinon nous périrons tous.
Daouda DIEDHIOU,
Professeur au Lycée Franco-arabe
Cheikh Mouhamadou Fadilou Mbacké de Dakar.
diedhioudaouda225@gmail.com

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