La révision de la Constitution du Sénégal ravive la question de la transparence financière ( par Ibrahima Sarr)

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L’Assemblée nationale du Sénégal, présidée par Ousmane Sonko, a adopté le 29 juin un projet de révision constitutionnelle, ouvrant la voie à un référendum. Cette réforme, présentée comme un levier pour renforcer la démocratie et rééquilibrer les pouvoirs entre les institutions, figurait parmi les engagements majeurs du parti Pastef et du président Diomaye Faye. Pourtant, son cheminement a été tumultueux, marqué par des divergences profondes sur des dispositions clés, notamment la déclaration obligatoire des actifs en fin de mandat et l’interdiction faite au chef de l’État de présider un parti politique. Ces points, initialement soutenus par le président avant son accession au pouvoir, ont soudainement rencontré son opposition, suscitant interrogations et soupçons au sein de la classe politique et de l’opinion publique.

Le revirement de Diomaye Faye sur ces mécanismes de transparence interroge. Pourquoi un président élu sur un programme de rupture et de bonne gouvernance rejetterait-il des dispositions qui incarnent précisément la reddition des comptes ? Plusieurs analystes et citoyens y voient la crainte de voir exposées des pratiques d’utilisation de fonds occultes à des fins de clientélisme politique. L’hypothèse d’un recours à ces ressources pour s’attacher les fidélités de parlementaires, d’élus locaux ou de cadres de l’ancienne élite politique prend corps après la récente rencontre entre Ousmane Sonko et Emmanuel Macron, ainsi que les consultations avec des figures de l’ancien régime. Ces mouvements suggèrent que, pour préserver sa majorité et asseoir sa gouvernance, le président aurait choisi de composer avec les réseaux traditionnels, quitte à trahir une partie de son discours souverainiste, en utilisant des fonds non déclarés pour acheter cette indispensable loyauté.

Lors des débats en séance plénière, la question de la transparence financière a été évoquée parmi les sujets importants. L’ancien président de l’Assemblée nationale, Malik Ndiaye, a fermement défendu la nouvelle mouture du texte, en rappelant que les obligations de déclaration de patrimoine pour le président de la République ne sauraient être interprétées comme une entrave aux droits des citoyens. Il a au contraire insisté sur leur apport au renforcement du contrôle démocratique.

Le député Guy Marius Sagna, quant à lui, a directement interpellé le chef de l’État sur son manquement à ses promesses électorales, l’invitant à souscrire sans détour à la déclaration de ses biens en fin de mandat. Il a également accusé les détracteurs de la révision constitutionnelle de vouloir perpétuer des pratiques corrompues et une gestion défaillante qui, selon lui, entravent le développement du Sénégal depuis des décennies. Ces prises de parole montrent que la bataille ne porte pas seulement sur des textes, mais sur la nature même du contrat politique liant le président aux citoyens.Au-delà des clivages partisans, ce débat révèle une exigence fondamentale pour l’avenir du Sénégal : la stabilité financière et la transparence dans la gestion des deniers publics. Chaque franc de l’État doit être affecté à l’intérêt général et non à des objectifs personnels de conservation du pouvoir. L’attitude de Diomaye Faye, perçue comme un recul sur ses propres engagements, interroge sur la cohérence du projet national et sur la sincérité de sa volonté d’indépendance économique et politique. En refusant de soumettre ses actifs au contrôle citoyen, le président prend le risque de voir sa légitimité fragilisée et d’alimenter la défiance envers des institutions déjà éprouvées.

Par Ibrahima Sarr

Journaliste indépendant

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